Terrorisme et défense du territoire national
Excellent billet de Roland Hureaux, samedi dernier.
Il évoque la « conception aujourd’hui largement répandue de « stratégie globale », selon laquelle le concept de défense du territoire national au sens classique serait périmé, à la fois parce que territorial et national ».
1/ Terrorisme
A propos du terrorisme, comme « ennemi » désigné, il rappelle quelques points :
En Afghanistan, les taliban contrôlent suffisamment de territoire pour protéger Ben Laden. L’efficacité policière internationale a empêché des attentats significatifs d’origine afghane depuis 2001 (puisque Madrid et Londres sont des initiatives locales).
Bref, « à supposer que malgré ces considérations, on accepte encore la logique ‘guerre contre les talibans = guerre contre le terrorisme’ » il faudrait qu’on ait l’espoir de la gagner.
Je ne me prononce pas sur la possibilité d’une victoire contre les opposants en Afghanistan : trop de certitudes sont actuellement assénées qui me rappellent les mêmes certitudes prononcées à l’été 2007, avant le « surge » en Irak qui a, il faut constater, retourné la situation. Ce qui ne signifie pas non plus que je suis partisan d’un « surge » en Afghanistan. Ce n’est pas aujourd’hui ce dont je parle, c’est tout.
En revanche, dire « le terrorisme » est, à coup sûr, une erreur. Il y a de la confusion dans le discours du PR aux ambassadeurs quand il dit à la fois « on fait la guerre contre les terroristes » (faux) et « si on laisse les talibans gagner, on déstabilise le Pakistan qui détient l’arme nucléaire » (vrai).
Bref, incarnons les talibans, les Pachtounes, Al Qaida, au lieu de les désincarner en « terroristes ». La désincarnation conceptuelle est la voie de la défaite. L’incarnation afghane la voie d’une possible victoire.
2/ Défense d’abord nationale
R. Hureaux rappelle : la conception traditionnelle, capétienne, prône que « la guerre est tenue pour une chose grave qui ne se justifie que quand se trouve en jeu un intérêt à la fois essentiel, spécifique et certain » Or, si la lutte contre le terrorisme (à supposer que la notion soit valide) « est un intérêt assurément essentiel, il s’en faut beaucoup qu’il soit certain ni spécifique ». Et d’ajouter : empêcher les milices Jandjaouies d’entrer au Thcad est peut-être plus important pour nous que de fermer la route de Kaboul aux talibans ».
Là encore, je ne me prononce pas sur ce parti de l’auteur.
Je trouve en revanche intéressant les critères d’une défense « nationale », critères qui n’ont pas été expliqués dans le dernier Livre Blanc : celui-ci est parti sur la notion d’une « sécurité nationale », sans que le concept ait été clairement défini, d’une part, ni des critères déterminés, d’autre part.
Or, cette question des critères me semble fondamentale pour justifier les engagements au loin des frontières (car je crois, en revanche, que la défense du territoire « national » doive aujourd’hui s’effectuer au loin des frontières) : ce sont ces critères qui expliquent qu’on aille en Afghanistan, par exemple pour empêcher que le contrôle de l’arme nucléaire pakistanaise soit perdu.
Olivier Kempf