Clausewitz (Livre I, Chap. 1, § 10)
Thomas m'aide beaucoup à rendre cette lecture plus affutée. Dans ses commentaires sur le précédent billet, nous nous interrogions sur les notions de faiblesse, de détermination et sur la part du stratège dans la conduite de la guerre.
Or, ce 10ème paragraphe semble avoir été écrit par CVC pour répondre à notre échange.
Il s'intitule : "les probablités de la vie réelle se substituent à l'extrémisme et à l'absoluité du concept".
1/ Et Clausewitz de préciser d'emblée : "à partir du moment où l'extrême n'est plus ni redouté ni recherché, c'est au jugement qu'il incombe de déterminer les limites de l'effort requis".
Ainsi, la réalité vient entraver les principes de montée aux extrêmes. Dès lors, c'est le jugement (et donc, la personne humaine, celle du stratège) qui vient "déterminer" les "limites" : l'esprit humain "décide" (c'est le mot qui me semble le plus adéquat pour expliquer la pensée de CVC) de l'action suivante (puisque la guerre est une succession d'actions).
Les limites sont doubles :
- il s'agit de celles de la connaissance (on y reviendra), ce qui revient à la "décision dans l'incertitude" chère au Gal Desportes et qui est valable dans toute guerre ;
- il s'agit aussi des limites de son action : jusqu'où aller - ou ne pas aller trop loin.
2/ CVC évoque alors la question des "lois" qui dominent la guerre. Il ne s'agit pas, bien sûr, des "lois de la guerre" (jus ad bellum, jus in bello) car Clausewitz ne parle pas comme juriste, mais comme stratégiste. Il s'agit donc des lois "logiques".
CVC doit naviguer entre deux écueils : il ne veut pas conceptualiser la guerre ni la mathématiser, ainsi qu'on l'a vu. Mais qu'en même temps, après avoir posé des principes (les trois interactions) et avoir aussitôt expliqué que la réalité empêchait qu'ils s'appliquent dans toute leur acuité, il lui faut trouver une méthode pour penser la guerre réelle.
C'est en fait l'objet de ce paragraphe.
3/ Or, CLausewitz affirme que "la guerre cesse d'être une idéalité et devient plutôt le déroulement d'une action qui se déroule sous l'effet de ses propres lois". Le lecteur a de la peine à saisir cette phrase, puisqu'il a eu l'impression, dans le paragraphe 8, que CVC disait exactement le contraire.
Cette phrase curieuse est immédiatement suivie de celle-ci qui s'insère mieux dans le fil logique : "C'est alors la réalité telle qu'elle se présente qui doit livrer les données permettant d'évaluer l'inconnu à venir.
On arrive ici à la méthode suggérée par CVC : il s'agit d'évaluer l'inconnu. L'évaluation (le jugement) comme facteur de la décision. Et pour cela, CVC recommande "les lois de la probabilité" comme seul critère (l'expression est utilisée deux fois dans le §). Ce qui justifie, me semble-t-il, l'usage du mot "loi" qui fait l'essentiel de ce §.
4/ Quels sont les facteurs de l'inconnu ? "le caractère, les institutions, la situation et les circonstances de l'adversaire", répond CVC. On peut considérer que les trois derniers sont "objetcifs", mais "l'évaluation" du "caractère" est essentiellement subjective et interpersonnelle. La guerre demeure une activité humaine.....
Olivier Kempf
Or, ce 10ème paragraphe semble avoir été écrit par CVC pour répondre à notre échange.
Il s'intitule : "les probablités de la vie réelle se substituent à l'extrémisme et à l'absoluité du concept".
1/ Et Clausewitz de préciser d'emblée : "à partir du moment où l'extrême n'est plus ni redouté ni recherché, c'est au jugement qu'il incombe de déterminer les limites de l'effort requis".
Ainsi, la réalité vient entraver les principes de montée aux extrêmes. Dès lors, c'est le jugement (et donc, la personne humaine, celle du stratège) qui vient "déterminer" les "limites" : l'esprit humain "décide" (c'est le mot qui me semble le plus adéquat pour expliquer la pensée de CVC) de l'action suivante (puisque la guerre est une succession d'actions).
Les limites sont doubles :
- il s'agit de celles de la connaissance (on y reviendra), ce qui revient à la "décision dans l'incertitude" chère au Gal Desportes et qui est valable dans toute guerre ;
- il s'agit aussi des limites de son action : jusqu'où aller - ou ne pas aller trop loin.
2/ CVC évoque alors la question des "lois" qui dominent la guerre. Il ne s'agit pas, bien sûr, des "lois de la guerre" (jus ad bellum, jus in bello) car Clausewitz ne parle pas comme juriste, mais comme stratégiste. Il s'agit donc des lois "logiques".
CVC doit naviguer entre deux écueils : il ne veut pas conceptualiser la guerre ni la mathématiser, ainsi qu'on l'a vu. Mais qu'en même temps, après avoir posé des principes (les trois interactions) et avoir aussitôt expliqué que la réalité empêchait qu'ils s'appliquent dans toute leur acuité, il lui faut trouver une méthode pour penser la guerre réelle.
C'est en fait l'objet de ce paragraphe.
3/ Or, CLausewitz affirme que "la guerre cesse d'être une idéalité et devient plutôt le déroulement d'une action qui se déroule sous l'effet de ses propres lois". Le lecteur a de la peine à saisir cette phrase, puisqu'il a eu l'impression, dans le paragraphe 8, que CVC disait exactement le contraire.
Cette phrase curieuse est immédiatement suivie de celle-ci qui s'insère mieux dans le fil logique : "C'est alors la réalité telle qu'elle se présente qui doit livrer les données permettant d'évaluer l'inconnu à venir.
On arrive ici à la méthode suggérée par CVC : il s'agit d'évaluer l'inconnu. L'évaluation (le jugement) comme facteur de la décision. Et pour cela, CVC recommande "les lois de la probabilité" comme seul critère (l'expression est utilisée deux fois dans le §). Ce qui justifie, me semble-t-il, l'usage du mot "loi" qui fait l'essentiel de ce §.
4/ Quels sont les facteurs de l'inconnu ? "le caractère, les institutions, la situation et les circonstances de l'adversaire", répond CVC. On peut considérer que les trois derniers sont "objetcifs", mais "l'évaluation" du "caractère" est essentiellement subjective et interpersonnelle. La guerre demeure une activité humaine.....
Olivier Kempf
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