Développement durable : beerkkkk ???
Je poursuis (lentement) la lecture d' "un monde de ressources rares", que j'avais signalé (ici).
J'en tire cet extrait :
"Dans ce contexte, le développement durable apparaît comme l'aveu, masqué par de bonnes intentions à l'égard des générations à venir, d'une préférence conservatrice, le souhait que le développement dans ses formes inégalitaires actuelles puisse se poursuivre. Comme cela se heurte à des contraintes écologiques manifestes, ce souhait se double d'une exhortation adressée aux pays pauvres de ne pas suivre le même chemin que les pays riches. Il s'agit, en quelque sorte, d'un impératif de non-dissémination du modèle occidental (comme on dit à propos de l'arme nucléaire), dans l'espoir que ce dernier puisse perdurer encore quelques décennies." (p. 130).
Le propos est visiblement de M. Marc Guillaume (voir ici), même s'il a été réécrit par E. Orsenna.
1/ Le développement durable est donc un "récit géopolitique". Cela ne signifie pas qu'il soit juste ou non, valide ou non. Mais c'est d'abord un discours. Il fait partie de ces lieux communs et mots-clefs qu'on emploie sans y réfléchir alors qu'ils ont une profonde signification géopolitique.
2/ Son objet est l'articulation entre pays riches et pauvres. Sous-entendu : les "pays riches" forment "l'occident", un "modèle occidental". C'est effectivement une des acceptions du mot. Mais pas la seule, ainsi que je le signale à chaque fois...
3/ Assimiler le modèle occidental à l'arme nucléaire : il fallait le faire. J'espère que vous goûtez la comparaison.... Elle m'enchante ! Et en plus, ça se dissémine et ça prolifère, cette bestiole là..... Berkkkk!
4/ Encore une fois, une belle idée philanthropique cache un égoïsme profond. Et encore une fois, c'est d'autant plus efficace que c'est inconscient.
5/ Tout cela étant dit, je pense quand même que le développement durable est une bonne chose... Et surtout, inéluctable.
Olivier Kempf