2009 et l'Europe
Peut-on parler de 2009, et prédire ce qui s’y passera ? Difficile exercice, n’est-ce pas, auquel je me risque toutefois, en commençant par l’Europe.
1/ Deux dates majeurs sont à retenir : les élections européennes en juin, les élections allemandes à l’automne.
11/ Dans le premier cas, il s’agira de répondre à deux questions « techniques » :
- celle de la mobilisation électorale, qui s’affaiblira très probablement ; car on n’y comprend rien, à cette « construction » communautaire (hormis les spécialistes). Construction moderne, déroutante et peu familière, qui fait penser à ces immeubles modernes si déstructurés. Surtout quand il s’agit de désigner un Parlement où règne un bipartisme sans alternance, dans une sorte de « grande coalition » permanente. Organe du politique ? mais on n’y voit pas de politique, ni de majorité ni d’opposition : pourquoi voter ?
- celle du cas irlandais : souvenez-vous, en juin dernier, les airs catastrophés qu’on avait chantés à l’occasion du non de Dublin au traité de Lisbonne. Peut-être qu’entre temps, Prague aura ratifié le traité, et peut-être qu’on aura trouvé les moyens de faire revoter ces diables d’Irlandais : mais par décence, ce vote n’interviendra pas avant la fin de l’année 2009. Et donc, fors le traité de Lisbonne, l’Europe sera en panne.
Sachant qu’en plus la présidence sera assurée par la Tchéquie puis par la Suède, dont on ne prévoit pas qu’il s’agira de présidences fortes, l’UE retournera à son train-train habituel. La secousse Sarkozy en 2008 n’aura pas servi de grand chose.
Car la prime à l’intergouvernemental est suffisante pour faire des coups, pas pour durer.
12/ Les élections allemandes vont geler la position de Berlin tout au long de l’année : d’une part à cause de cette grande coalition dont aucun des deux partenaires ne veut plus ; d’autre part pour acclimater ce nouveau parti, die Linke, qui vient bouleverser le jeu électoral. On s’était accommodé des Grünen, dans une sorte de quadripartisme rappelant celui théorisé en France par M. Duverger à la fin des années 1970. Le pentapartisme (quinquapartisme serait d’ailleurs plus correct), c’est un de trop. Il est donc probable que le pouvoir qui en sortira sera faible, marquant la fin d’un « moment allemand » en Europe : l’Allemagne redécouvrait son influence et ses responsabilités internationales ; la crise politique intérieure risque de mettre cette ambition sous couvert. Car il n’y a pas de grande politique étrangère sans solidité politique interne.
C’est d’autant plus curieux que les deux principaux protagonistes, Mme Merkel et M. Steinmeyer, ont tous les deux une stature internationale : elle à cause de sa visibilité, lui à cause de son portefeuille ministériel. Mais rares sont les élections que l’on gagne grâce à sur la politique étrangère.
Quant à la Commission et à la BCE, personne n’en attend dynamisme et hardiesse. Bref, l’Europe institutionnelle sera terne, et on va s’ennuyer.
2/ L’émergence de die Linke va de pair avec un faisceau d’indices marquant le renouvellement d’une ultra gauche en Europe : score de M. Besancenot aux élections, émeutes en Grèce (voir ici), résurgence de cellules plus ou moins terroristes en France (même s’il y a probablement beaucoup de mise en scène par le Ministère de l’Intérieur) et en Italie,...
Je crains que le phénomène ne sera pas que latin, mais qu’il sera européen.
Je crains aussi que la crise économique profonde sera l’occasion, pour certains, d’utiliser les mouvements sociaux. Et que les sociétés européennes sont très fragmentées et donc fragiles. Il y aura donc, en certains pays, l’alternative entre un basculement prérévolutionnaire ou une répression brutale.
Je crains qu’on ne connaisse des scènes violentes. Alors, ces questions de sécurité intérieure ouvriront un nouveau débat sur leur lien avec la sécurité extérieure (rôle des forces dans le maintien de l’ordre public).
3/ D’un point de vue stratégique, on regardera attentivement un certain nombre de rendez-vous :
- la Wehrkunde de Munich, en février, véritable Davos de la politique extérieure. On y verra notamment les premières orientations du gouvernement Obama.
- Le sommet de l’Otan à Strasbourg et Kehl, début avril : outre le retour de la France dans l’organisation, qui n’intéressera que les Français, il sera surtout question du renforcement des troupes en Afghanistan ; et plus précisément, qui met quoi dans la balance (du volume de renfort dépendra l’influence future dans l’alliance, et les postes qui vont avec, voir billet ici).
- Les négociations SORT et FCE, qui se dérouleront à l’abri des regards.
- Peut-être y aura-t-il une conférence sur la sécurité européenne, réclamée par M. Poutine, pardon, M. Medvedev. Utilisera-t-on l’OSCE ? Victor Fèvre prétend que cette dernière organisation est morte (ici). On verra. De toutes façon, quelles que soient les ambitions russes, cela ne débouchera pas sur grand chose. Russie, acteur important, certes. Mais loin d’être une puissance dominante, n’en déplaise au Kremlin.
4/ Je parlerai de la question de l’Euro dans un autre billet, dédié aux questions économiques. Quand au rôle de l’Amérique, il sera évoqué lui aussi séparément.
5/ Localement, on devrait observer :
- l’explosion annoncée de la Belgique. Même si les hommes politiques belges nos promettent vouloir tenir jusqu’au terme de la législature, en 2011 : qui y croit ?
- peut-être, un règlement de la question chypriote
- avec intérêt, M. Brown chevaucher la crise pour se réinventer socialiste
- les pays scandinaves se rapprocher d’eux-mêmes plus que jamais, dans un mouvement peut-être centrifuge d’avec l’UE
- peut-être, la Republika Srpska déclarer son indépendance en Bosnie
- l’Italie continuer de s’enfoncer dans le marasme
- des débats fournis en Espagne lorsqu’il s’agira de répondre à la crise et que les « autonomies » verront l’intérêt, alors, d’un Etat central
- les Etats d’Europe orientale subir la crise encore plus violemment que les autres, à cause de l’arrêt des délocalisations manufacturières d’une part, et la non protection de l’euro d’autre part ; avec des conséquences impossibles aujourd’hui à apprécier, mais qui pourraient être radicales et surtout, mettre à l’épreuve la cohésion européenne.
- l’Union Pour la Méditerranée stagner
Bon, tout ça n’est pas réjouissant. Mais je préfère pêcher par excès de pessimisme, car alors, les surprises sont bonnes.
Sinon, excusez moi pour avoir tort, car forcément, j’aurai tort. Et si jamais j’avais raison, excusez m’en aussi !
O. Kempf