La vie, la mort, et tout le bazar ?
La géopolitique doit-elle s’intéresser seulement à l’espace ? ou, plus exactement, aux représentations que les hommes se font de l’espace ?
Je pose cette question à la suite du très intéressant article de R. Redeker sur « la mort en danger de mort ». La représentation temporelle me semble avoir de profondes répercussions géopolitiques. En effet, l’horloge de notre existence est animée par la disparition, par la mort, par notre mort. Or, une tendance récente pousse à la fin de la mort. Et si la mort disparaît, la vie devint « le seul absolu. La vie aura vidé le ciel de toutes les valeurs exigeant le sacrifice de l’existence : la patrie, l’idéal politique, autrui, la justice, le Bien ».
C’est d’ailleurs ce qui me gêne dans l’Union Européenne : j’ai le sentiment que son projet consiste justement dans cette absolutisation de la vie. Absolutisation toute relative, d’ailleurs, puisqu’elle accepte aussi bien l’avortement que l’euthanasie : en dehors de toute considération morale, on ne peut qu’être surpris devant cette contradiction intime entre la promotion de la vie et l’organisation de la mort.
Mais là n’est pas le débat. Plutôt dans ce miroir aux alouettes que serait une société qui aurait banni la mort. La puissance douce européenne a aujourd’hui des charmes incomparables par rapport au pragmatisme amoral de l’Amérique (il faut lire ici Immarigeon). Elle recèle pourtant des dangers qu’il faut apercevoir, car ils sont gros de menaces d’autant plus pressantes qu’elles sont sincères.
Or, la sincérité n’a jamais été un gage de vérité, ni même d’efficacité sociale.
O. Kempf